Programme :
Gabriel Fauré (1845-1924). Quatuor à cordes en mi mineur, Op. 121 (achevé en 1924)
C’est la toute dernière œuvre de Gabriel Fauré, au faîte de sa maturité, de sa sérénité, mais aussi de sa liberté créative. Il a été créé en 1925, après la mort de Fauré, qui ne l’a donc jamais entendu.
Beethoven est le monstre sacré des quatuors à cordes. C’est à cause de l’impact magistral de ses quatuors que tous les compositeurs suivants ont redouté de se frotter à ce genre – y compris Fauré lui-même : il écrit à sa femme : « c’est un genre que Beethoven a particulièrement illustré, ce qui fait que tous ceux qui ne sont pas Beethoven en ont la frousse… alors tu peux penser si j’ai peur à mon tour. Je n’en ai parlé à personne ».
Trois mouvements :
– Allegro moderato
– Andante
– Allegro
“Moins brillant, moins immédiatement séduisant que ceux de Debussy et Ravel, le Quatuor de Fauré atteint cependant à des cimes infiniment plus hautes.”
Harry Halbreich, musicologue
“Il semble que le génie de Gabriel Fauré, en renonçant dans ce testament artistique aux solides assises du piano, ait accompli le dernier stade d’une évolution qui , depuis plusieurs années, élevait sa pensée épurée jusqu’au seuil de l’abstraction et de l’évanescence. On le dirait ici libéré de toute attache matérielle et terrestre, familiarisé déjà avec les méditations d’un monde séraphique. Ce quatuor semble se mouvoir, pour ainsi dire, dans un domaine assez limité de l’infini. J’entends par là, qu’il n’ y a pas, entre les trois morceaux qui le composent, de contraste très accusé de mouvement , de rythme, ni d’accent. Il ne parcourt même pas des régions très étendues de l’échelle sonore […]. On y suit plutôt, en retenant son haleine, la méditation tant soit peu abstraite d’un esprit pur. […] Platon voyait dans une sphère parfaite l’image accomplie de la beauté: dans le quatuor de Fauré, il eût admiré les réfractions de l’éther céleste dans une bulle de cristal.”
Jean Chantavoine, premier critique à rendre compte du Quatuor à cordes
Le Ménestrel, 19 juin 1925
Ludwig van Beethoven, Quatuor à cordes no. 7 en fa majeur – Op. 59 « Razumovsky » no. 1 (1806)
Quatre mouvements :
– Allegro
– Allegretto vivace e sempre scherzando
– Adagio molto e mesto
– Thème russe: Allegro
À l’opposé du quatuor de Fauré, plutôt intérieur, c’est une pièce très énergique et intense en rebondissements émotionnels. Elle fait la part belle au violoncelle, qui en énonce le premier thème.
Beethoven est particulièrement fier de ce quatuor, mais celui-ci suscite à son époque l’incompréhension du public, des critiques et des exécutants. Au violoniste Radicati qui lui déclarait que ce n’était pas de la musique, Beethoven répondit : « Ce n’est pas pour vous ! C’est pour les temps à venir. ». Et à Schuppanzigh qui se plaignait de la difficulté technique du quatuor, il aurait répondu : « Croyez-vous que je pense à vos misérables cordes quand l’esprit me parle ? ».